COMMUNIQUES

DÉCLARATION DES AMIS DE LA TERRE AFRIQUE CONTRE LES ATTAQUES XÉNOPHOBES EN AFRIQUE DU SUD : NOUS SOMMES SOLIDAIRES AVEC LES HOMMES, LES FEMMES ET TOUTES LES VICTIMES DE CES ATTAQUES

À peine remis des cyclones en Afrique australe, expression des effets du changement climatique, en particulier les cyclones Idai et Kenneth qui ont tué et déplacé des personnes au Mozambique, à Zimbawe, au Malawi et en Afrique du Sud, nous assistons aujourd’hui avec douleur et consternation aux tueries, aux coups et à la violence contre les femmes à Johannesburg et Pretoria, Afrique du Sud.

Une fois de plus, des Sud-Africains sont descendus dans la rue pour tuer, voler et agir violemment contre leurs frères et sœurs africains. Ce n’est pas la première fois que ce genre d’attaques contre des ressortissants étrangers se produit. En 2008, il y a eu une vague d’attaques dans tout le pays contre les réfugiés et les migrants – plus de 60 personnes auraient été tuées et des milliers déplacées.

En 2015, il y a eu des flambées de violence contre ceux qui ne sont pas Sud-Africains, principalement dans les villes de Durban et de Johannesburg, qui ont également fait de nombreux morts et blessés parmi ceux qui ne sont pas Sud-Africains et causé de nombreuses pertes et dommages matériels.  Aujourd’hui, nous voyons la même chose arriver à nos concitoyens africains, ce qui est très déshonorant.

Nous, groupes membres des Amis de la Terre Afrique du Mozambique, Afrique du Sud, Tanzanie, Togo, Ouganda, Nigeria, Libéria, Ghana, Mali, Cameroun, nous pleurons encore une fois avec le reste de l’Afrique.  L’Afrique pleure avec indignation l’inefficacité de la justice sud-africaine, qui permet à des centaines ou des milliers de citoyens africains d’être massacrés chaque année sous le prétexte pratique de la xénophobie.

Nous rappelons que ce n’est pas la première ni même la deuxième fois que ce type de violence éclate en Afrique du Sud, entraînant la persécution et la mort de citoyens d’autres pays africains. Il s’agit d’un problème systématique qui doit être traité avec le sérieux et l’urgence nécessaires, compte tenu de sa complexité et des nombreux aspects sociaux, économiques et environnementaux sous-jacents d’un pays qui insiste pour poursuivre un modèle de développement extractif et néolibéral qui exploite la plupart de ses citoyens.

Une fois encore, les Africains sont en deuil.

Et c’est par respect pour ce deuil, et en signe de protestation contre le manque d’actions concrètes du gouvernement sud-africain, que les représentants de Amis de la Terre Afrique JA ! Justica Ambiental/AT Mozambique, Environmental Rights Action/AT Nigeria et Les Amis de la Terre-Togo/AT- Togo ont annulé leur participation à deux conférences au Cap, « Financing the Future » et « Financing China on Coal and Fossil Fuels », qui ont eu lieu pendant la semaine du 9 septembre, en plus des autres évènements et réunions en Afrique du Sud.

C’était une décision très difficile à prendre, d’autant plus que les deux événements étaient aussi importants les uns que les autres et qu’ils auraient probablement des répercussions d’une grande portée sur notre région.  D’autre part, en tant que militants d’une Organisation des droits de l’homme, qui s’opposent à toute forme de discrimination et de violence, il était clair que nous devions prendre position.

Nous avions espéré qu’à ce moment-là, le gouvernement sud-africain aurait déjà pris les mesures nécessaires et réelles pour mettre fin à cette violence, ce qui ne s’est pas produit.

La plupart des gouvernements africains ne se sont pas prononcés ou n’ont pas pris position publiquement sur toute cette situation. Cette apathie pour la souffrance de leur propre peuple nous a longtemps consternés. Nous estimons que la condamnation des actes de xénophobie par le Président de l’Union africaine est insuffisante. Nous appelons tous les chefs d’État à condamner ce crime et à prendre des mesures pour mettre fin à ces horribles attaques à l’avenir.

Nous saluons les gouvernements africains qui ont boycotté le Forum Economique Mondial (WEF) au Cap à la suite des violentes manifestations et attaques récentes contre des ressortissants étrangers.   Les présidents de la RDC, du Malawi, du Nigeria et du Rwanda ont refusé d’assister à l’événement. Des mesures plus concrètes doivent être prises par l’ensemble de l’Union africaine pour mettre fin aux attaques xénophobes en Afrique du Sud et partout en Afrique.

Anabela Lemos, Directrice de Justicia Ambiental, lance un appel à tous les Africains. « Face à toute cette violence, nous appelons tous nos camarades africains à ne pas répondre à la violence avec plus de violence, nous devons répondre par la paix, la justice et le dialogue, et c’est seulement comme cela que nous pouvons arrêter cette violence. Ce devrait être le moment de se rassembler en tant qu’êtres humains, en tant qu’Africains, et de montrer aux Sud-Africains et au monde que ce n’est pas par la violence que l’avenir d’un pays ou d’un continent se construit ».

Kwami Kpondzo, point focal des défenseurs des droits de l’homme de Amis de la Terre Afrique, appelle tous les citoyens africains à respecter la dignité humaine et les droits humains. « Nous souffrons déjà tous des effets du changement climatique. Nous n’accepterons aucune forme de violence nulle part en Afrique. Il est temps de penser ensemble et de préserver la paix en Afrique. « Plus de violence contre les femmes ! »

Kureeba David, le Facilitateur régional des Amis de la Terre Afrique, condamne fermement les actes de violence xénophobes. C’est humiliant pour les Africains de commencer à se battre, à s’entretuer et à détruire des biens, alors que les changements climatiques et d’autres défis nous touchent durement. Au lieu d’unir nos efforts pour lutter contre les défis liés aux changements climatiques, nous sommes plutôt en train de nous achever nous-mêmes. J’encourage vivement tous les Africains à reconnaître qu’il est grand temps que nous nous réunissions et allions de l’avant. « No man Kill another man » (Aucun homme ne tue un autre homme), frères et sœurs, comme l’a dit feu Sipho Johnson Mdletshe, un artiste sud-africain célèbre.

Akinbode Oluwafemi (Directeur exécutif adjoint de Environmental Rights Action/Amis de la Terre ria) a déclaré : « Les attaques xénophobes inquiétantes ne témoignent pas de l’accueil et de la chaleur qui font la réputation des Africains. Elles sont décourageantes et totalement inacceptables. Nous exigeons à juste titre que le gouvernement sud-africain aille au-delà des slogans et qu’il maîtrise véritablement les attaques pour permettre aux Africains de continuer à vivre dans l’harmonie qui fait leur réputation.

Nous pensons que les inégalités structurelles ont besoin d’une transformation systématique pour préserver la paix. Nous exhortons le gouvernement de l’Afrique du Sud à prendre des mesures immédiates à cet égard.

Nous appelons la société civile sud-africaine à faire pression et à tenir son gouvernement responsable de ce qui se passe et à exiger la fin de ces persécutions et de ces violences, car nous savons que la majorité des Sud-Africains condamnent ces actes criminels.

Nous appelons le gouvernement sud-africain à prendre des mesures sérieuses et nécessaires pour faire face à cette situation et arrêter cette vague de violence de toute urgence, et à s’inspirer des changements nécessaires à court, moyen et long terme pour faire face à la situation grave d’inégalité, de chômage et de pauvreté dans le pays.

Nous appelons les gouvernements africains à prendre les mesures nécessaires pour protéger et défendre leurs citoyens qui se trouvent encore en Afrique du Sud, et à exiger que le gouvernement sud-africain mette fin à ces actes criminels contre ses citoyens et les Africains vivant en Afrique du Sud.

Nous appelons l’Union Africaine et les dirigeants africains à s’exprimer et à agir en temps opportun.

Nous exigeons également du gouvernement sud-africain une solution réelle, transformatrice et durable.

Pour l’unité, la fraternité et la solidarité avec tous les peuples d’Afrique, vers un avenir plus juste, plus équitable et durable !

Signé par les groupes membres des Amis de la Terre Afrique.

 Justice Ambiental / Friends of the Earth Mozambique

Amis de la Terre Togo

Amis de la Terre Ghana

Sustainable Development Institute / Amis de la Terre Liberia

National Association of Professional Environmentalists / Amis de la Terre Ouganda

Centre pour l’Environnement et le Développement / Amis de la Terre Cameroun

Environmental Right Action / Amis de la Terre Nigeria

groundWork / Amis de la Terre Afrique du Sud

Lawyers’ Environmental Action Team / Amis de la Terre Tanzanie

GUAMINA / Amis de la Terre Mali


Communiqué de presse de Amis de la Terre Afrique avant la conférence de RSPO à Accra, Ghana du 20 au 22 août 2019.


 Amis de la Terre Afrique (ATA)

 19 août 2019.

 LA CERTIFICATION RSPO EST UN ECOBLANCHIMENT EN AFRIQUE

 Les groupes Amis de la Terre Afrique ont décrit la convergence des entreprises de plantation de palmiers à huile sous l’égide de la Table ronde sur l’huile de palme durable (RSPO) qui tient sa 3ème Conférence africaine sur l’huile de palme durable à Accra, Ghana du 20 au 22 août 2019 comme promoteurs d’écoblanchiment.

RSPO est le système de certification volontaire le plus utilisé pour les compagnies d’huile de palme qui prétendent opérer selon les meilleures pratiques en matière d’environnement, de sécurité et de droits humains.

 Mais les groupes Amis de la Terre Afrique affirment que malgré leurs prétendues engagements en faveur de normes axées sur les engagements  » Pas de déforestation, pas de tourbe, pas d’exploitation  » (NDPE), des cas de dégradation environnementale et de violations des droits humains restent visibles dans les différents paysages d’importance particulière pour la biodiversité qu’ils exploitent en Afrique.

 Ils blâment également les activités des entreprises de plantation de palmiers à huile pour la perte de biodiversité, l’augmentation de la pauvreté, les violations des droits humains et la catastrophe climatique en Afrique, entre autres.

 Rita Uwaka, Coordinatrice du Programme Forêt et Biodiversité pour Amis de la Terre Afrique, a déclaré : « Autoriser la destruction des forêts au nom de la certification est une déclaration d’écocide sur les territoires communautaires et totalement inacceptable pour nous ».

 Mme. Uwaka a déclaré que les projets d’expansion des plantations de palmiers à huile en Afrique ont des effets dévastateurs et flagrants, en particulier au Nigeria, au Cameroun, au Liberia, en Côte d’Ivoire, en Ouganda, en République démocratique du Congo, au Gabon et en Sierra Leone.

 « Nous soutenons les communautés de ces pays et d’ailleurs qui résistent à l’expansion des plantations industrielles sur leurs terres et exigeons la sincérité de RSPO dans son offre et demandons l’arrêt de l’empreinte de la déforestation des entreprises certifiées de palme à huile ».

 Dans une déclaration publiée aujourd’hui, les groupes Amis de la Terre Afrique ont dénoncé le rôle de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement pour alimenter l’accaparement des terres par les entreprises et la destruction des forêts par le financement des sociétés africaines de plantation de palmiers à huile certifiées RSPO.

Ils insistent sur le fait que la ruée accrue vers la terre pour l’expansion des plantations de palmiers à huile à grande échelle en Afrique s’est largement inspirée du système de certification RSPO, de la demande croissante d’agrocarburants et d’aliments transformés et du financement par la Banque Mondiale et d’autres institutions financières.

 Les groupes disent qu’ils ont documenté les dommages structurels de l’industrie de l’huile de palme pendant des décennies, tels que la déforestation, la perte de biodiversité, la pollution des sources d’eau de surface et souterraines due à des produits agrochimiques toxiques, la pauvreté accrue et la faim due à la perte des moyens de subsistance. D’autres problèmes documentés sont le harcèlement et la violence sexuelle contre les femmes et les filles dans les zones où ces sociétés de plantation sont opérationnelles, la destruction des connaissances traditionnelles et des systèmes alimentaires locaux, le harcèlement et les meurtres des défenseurs des droits de l’homme, les conditions de travail injustes et le travail des enfants.

 Ils ont critiqué ce qu’ils ont décrit comme l’événement notoire et trompeur d’écoblanchiment de RSPO à Accra, au Ghana, en raison des antécédents de violations des droits humains avec des impacts différenciés sur les femmes et autres groupes vulnérables dans lesquels les entreprises sont impliquées.

 Ils demandent également aux gouvernements africains de:

  • Mettre fin aux ententes injustes qui mettent la gestion de nos terres, de nos forêts et de nos systèmes alimentaires entre les mains des entreprises de plantation de palmiers à huile industriels.
  • Cesser d’accorder des concessions aux entreprises industrielles de plantation de palmiers à huile qui s’emparent de terres au nom du développement pour faire avancer leur projet d’expansion.
  • Reconnaître et soutenir le rôle des petits exploitants agricoles dans la promotion des systèmes alimentaires locaux par le biais de méthodes agricoles durables d’agroécologie au lieu de promouvoir un modèle commercial agricole destructeur et non durable qui favorise les intérêts privés plutôt que le bien public.
  • Adopter et mettre en œuvre des réglementations contraignantes pour les entreprises agroalimentaires et les sociétés transnationales, afin de mettre en échec les directives volontaires des systèmes de certification tels que le RSPO.
  •  Reconnaître le rôle des communautés et des femmes dans la promotion de méthodes de gestion communautaire des forêts résilientes au climat en confiant la gestion des forêts aux populations locales qui demeurent les meilleurs gardiens des forêts.

POUR PLUS D’INFORMATION

Rita Uwaka, Responsable Programme Forêt et biodiversité pour Amis de la Terre Afrique, +234 803 455 3503 ou email: riouwaka@gmail.com

Ekue Assem, Co-coordinateur de la communication Amis de la Terre Afrique, +228 99 66 38 99 ou email: darius.assem@gmail.com

Philip Jakpor, Amis de la Terre Nigeria, responsable de la communication, +234 803 725 6939 ou email: jakporphilip@gmail.com

 Pour en savoir plus:

 SDI, Milieudefensie, FoE US. 2018. High Risk in the Rainforest. https://sdiliberia.org/sites/default/files/publications/High%20Risk%20in%20the%20Rainforest.pdf

FoE Europe. 2018. External concerns on the RSPO and ISPO certification systems. https://www.foeeurope.org/sites/default/files/eu-us_trade_deal/2018/report_profundo_rspo_ispo_external_concerns_feb2018.pdf

https://guardian.ng/property/cross-river-communities-protest-allege-land-grabbing-in-wilmars-n45b-project/

Milieudefensie. 2018. Draw the line: A blackbook about the shady investments of Dutch Banks into palm oil. https://milieudefensie.nl/actueel/draw-the-line-english.pdf

https://www.foei.org/news/binding-treaty-stop-corporate-abuse

https://www.foei.org/news/binding-instrument-multinationals-human-rights-africa-must-engage

https://www.farmlandgrab.org/29106